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Hôte de Dieu, Dieu notre hôte. Accueillir et être accueilli, c’est le cœur du Temps pascal

Dossier Echo avril 2026

Accueillir et être accueilli : le cœur du Temps pascal

Prière pour le temps pascal

Seigneur Jésus,

en ce temps pascal, je me tourne vers Toi qui es source de lumière et de vie.
Délivre-moi, Seigneur, de tout ce qui encombre mon cœur et apprends-moi à faire place à la paix et à l’humilité.

En ce temps pascal, tout entier dédié à la joie,
apprends-moi à suivre davantage Ton exemple, Toi qui,
par ton sacrifice, as triomphé de la mort et de tout mal par l’Amour.

Que Ton amour Seigneur transforme mon cœur et me donne la force de vivre selon ta volonté.
Accorde-moi de sentir constamment Ta présence en moi et autour de moi.

Je Te confie, Seigneur, par ma prière, mon cœur et ma vie, dans l’attente joyeuse du Royaume des cieux.

Amen.

L’expertise

Le Temps pascal : un temps pas comme les autres

Cinquante jours au cœur de la foi chrétienne

Dans la joie du repas de Pâques en famille, une question surgit naturellement : pourquoi l’Église ne reprend-elle pas simplement le cours ordinaire de l’année ? Parce que l’événement de Pâques est trop grand pour tenir dans une seule journée.

Saint Paul le dit sans détour : si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vide. La résurrection est le fondement absolu de la foi chrétienne. C’est pourquoi l’Église institue une cinquantaine : cinquante jours — sept fois sept plus un, symbole de plénitude — pour intérioriser le mystère le plus décisif de l’histoire humaine.

Encore faut-il s’entendre sur le mot mystère. Au sens théologique, ce n’est pas une énigme à résoudre. C’est une réalité dans laquelle on entre, par la foi et par l’amour — et dans laquelle on demeure : on ne fera que la parcourir, toujours plus avant, sans jamais l’épuiser. Les premiers disciples en témoignent : ils voient le tombeau vide, reçoivent les apparitions du Ressuscité — et ne comprennent pas encore pleinement. Non par manque d’intelligence, mais parce que ce qui leur est révélé dépasse tout ce que l’humanité a jamais connu. Entrer dans ce mystère, c’est accepter de ne pas tout maîtriser — et d’avancer quand même.

Pâques et Pentecôte ne sont pas deux fêtes séparées. Elles forment un unique événement révélé progressivement, comme un seul jour déployé sur cinquante jours, parce que le cœur humain ne peut tout recevoir d’un coup. Du Triduum pascal — jeudi de l’Eucharistie, vendredi de la Passion, samedi du silence — jusqu’à l’Ascension et à l’effusion de l’Esprit : c’est un seul souffle, un seul mouvement d’amour.

La Pentecôte n’est pas une clôture : c’est un envoi. L’Esprit Saint donné en plénitude ce jour-là ne referme pas le temps pascal — il projette les croyants dans le temps ordinaire, transformés de l’intérieur. Prière, sacrements, charité active : voilà les formes concrètes d’une vie renouvelée. Sans cet itinéraire pascal, le temps ordinaire risque de n’être que routines. Avec lui, chaque jour peut devenir le lieu d’une vie nouvelle.

 

Hôte de Dieu, Dieu notre hôte

Imaginez la scène : les disciples sont réunis, les portes soigneusement verrouillées. La peur les tient enfermés. Et voilà que Jésus apparaît parmi eux, sans forcer les portes. Il est là, simplement. « La paix soit avec vous. »

Cette image dit quelque chose d’essentiel sur notre rapport à Dieu. Nous aussi, nous avons nos portes verrouillées : certitudes, habitudes, peurs accumulées. Jésus ressuscité ne les enfonce pas. Il traverse nos résistances avec douceur, et attend que nous lui ouvrions.

Se laisser accueillir

Le maître-mot de ces cinquante jours est peut-être celui-ci : se laisser accueillir. Non pas « lâcher prise » — trop passif, trop commode. Mais consentir activement à être reçu. La langue française recèle ici un trésor : le mot hôte désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. On ne peut être hôte seul. Il faut être deux, dans un mouvement de convergence. C’est la logique même de la relation à Dieu en ce temps pascal : une hospitalité réciproque, un accueil à double sens.

Venir tel que l’on est

Mais peut-on se laisser accueillir quand on traîne ses blessures ? Le psaume 50,19 répond avec force : «Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.» Une image en témoigne : le Christ ressuscité porte toujours les plaies de la Passion. La résurrection n’a pas effacé les blessures — elle les a transfigurées. Ce Christ aux plaies ouvertes dit à chacun : tu peux venir tel que tu es. Les « pauvres » de l’Évangile ne sont pas seulement les pauvres matériellement : ce sont aussi les pauvres en repères, en relations, en espérance. Nous sommes tous pauvres sur un plan ou sur un autre.

Des visages familiers

Les récits des apparitions du Ressuscité sont d’une proximité saisissante. Marie-Madeleine ne reconnaît pas le Vivant qui lui parle. Les disciples d’Emmaüs marchent aux côtés d’un inconnu et ne le reconnaissent qu’à la fraction du pain. Thomas exige de voir — et lorsque Jésus l’invite à avancer sa main, l’Évangile ne dit pas qu’il le fait : l’invitation a suffi. Chacun de ces personnages est un miroir. Qui n’a pas marché sans reconnaître la présence qui l’accompagnait ? Qui n’a pas posé ses conditions à Dieu ? Ce temps pascal nous dit : « Tu es dans ses pas. Tu n’es pas seul. »

Un travail à deux

Se laisser accueillir ne ressemble pourtant pas à une passivité confortable. C’est un travail — un travail à deux. Dieu n’est pas notre miroir : il nous hisse. La relation est asymétrique — Dieu est Dieu — mais réelle et transformante. Elle a une conséquence directe : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Ce comme est capital. Non pas : aimez-vous de votre mieux. Mais : aimez à l’image de la façon dont vous avez été aimés. Accueillir Dieu, c’est apprendre à accueillir l’autre. L’un est inséparable de l’autre.

L’espérance, moteur discret

Il manquerait quelque chose d’essentiel sans évoquer l’espérance. Péguy en a donné une image inoubliable : la petite Espérance marchant entre ses deux grandes sœurs, la Foi et la Charité — et c’est elle qui les tire en avant1. Fragile, certes. Mais c’est elle qui mobilise des ressources minuscules pour en faire des leviers d’une puissance inattendue. Espérer, dans ce temps pascal, c’est un acte, un engagement — pour soi, pour les autres, pour le monde.

Ces cinquante jours sont une immense retraite intérieure, offerte à tous : pratiquants assidus, croyants qui reviennent de loin, chercheurs hésitants. Une retraite pour que le temps ordinaire qui suit ne soit pas creux, mais habité — et que la prière, le service, la présence aux autres soient les formes visibles d’une vie renouvelée dans l’Esprit. Hôte de Dieu, et Dieu notre hôte : c’est à cette double demeure que nous sommes invités, de Pâques à la Pentecôte.

Pascal Petitjean. Entretien avec père J-Christophe Jupin, le 10 mars 2026.

1- Lire le texte sur le site de la CEF : https://dioceseparis.fr/la-petite-fille-esperance.html

Témoignages

Le Christ est vraiment ressuscité. Alleluia ! Alleluia !

La célébration de Pâques est pour moi une invitation à sortir de la tristesse pour embrasser la lumière de Jésus Ressuscité. Il y a des jours parfois si lourds où je peux faire face à des incompréhensions, à de la fatigue, à des échecs, etc. Au cœur de ces moments, j’éprouve la présence discrète et aimante de Jésus. Ma joie en ce moment vient du fait que je ne vis pas ces épreuves tout seul, Celui qui m’a appelé à le servir marche avec moi. La joie pascale n’a pas pour but d’effacer les épreuves auxquelles je peux être confronté, mais elle m’aide à les porter en Jésus. Enfin, je veux redire ma joie d’être prêtre en réponse à l’appel de Jésus qui a fait de moi son disciple. Il m’a fait entrer ainsi dans une relation personnelle d’amour avec Lui. Répandre la joie de la résurrection dans une société triste, voilà une mission que le Seigneur me confie comme prêtre.

Père Christian Etchien

Regardée avec tendresse et amour par le Christ !

Je n’avais pas prévu d’aller à la messe de Pentecôte ce dimanche-là. En passant devant l’église, j’ai pourtant eu envie d’assister à la célébration. La joie était partout : chants, musique, procession radieuse. Mais à la communion, tout a basculé. En recevant la bénédiction — je n’avais pas encore fait ma première communion — quelque chose d’inexplicable a jailli en moi. Les larmes sont venues, torrentielles, incontrôlables. Des larmes de joie pure. Levant les yeux vers le Christ en croix, j’ai eu la certitude d’être regardée avec tendresse et amour. Ce jour-là, j’ai compris : ce n’était pas moi qui avais choisi de venir. C’était Lui qui m’appelait.

Une anonyme