Histoire de la maison diocésaine
Certains l’appellent » 101, rue de la Madeleine » ou simplement » le 101 « , d’autres » l’évêché » ou » l’aumônerie » ou » l’ancien séminaire« . Chacun de ces termes reflète un peu de son histoire, une bien longue histoire !
A l’origine, vers 1234, ce fut un couvent de dominicains, alors appelés jacobins parce que leur premier monastère, parisien, avait été fondé rue St Jacques. Ouvrant sur l’actuelle rue des Jacobins, une église et quatre bâtiments entouraient un cloître-cimetière. De grands jardins rejoignaient la rue de la Madeleine et les boulevards d’aujourd’hui. Vincent de Beauvais, savant conseiller de St Louis, en fut le premier prieur. A sa mort, il fut inhumé dans l’église. Jeanne Layné -dite Jeanne Hachette- habita à coté dans la rue qui porte son nom et c’est à l’église du couvent qu’elle confia l’étendard pris aux Bourguignons.
Après 1472, les bâtiments endommagés lors du siège par Charles le Téméraire furent reconstruits sous la direction de P.Lescot.
Trois siècles plus tard, le 14 juillet 1790, fête de la Fédération, six cents citoyennes vêtues de blanc portèrent en procession le drapeau-relique (ou peut-être un faux !) jusqu’à la Grand’ Place où une messe devait être célébrée par l’Evêque de Beauvais. Mais Mgr de la Rochefoucauld, député du clergé, venait de refuser de voter la Constitution Civile du Clergé. (Son courage le mènera au martyre en septembre 1792 et à la béatification en 1926.) La messe fut quand même célébrée…par un conseiller municipal !
En 1791, les moines disparurent -il en restait dix en 1765- et le couvent fut vendu à un maitre-boucher qui démolit l’église.
Ne survit aujourd’hui qu’une façade des bâtiments, du XV° siècle, celle de la bibliothèque diocésaine dont l’intérieur offre encore quelques piliers et poutres à facettes.
Mais en 1811, les locaux subsistants abritèrent le petit séminaire renaissant. Dès 1816, réuni au collège communal sous une direction ecclésiastique, il déménageait pour l’ancien couvent des ursulines, en face… Car les dames du Sacré-Cœur, cette année là, étaient appelées par les autorités religieuses, le préfet et le maire -Mr Nully d’Hécourt- pour y créer une école de filles. La Société du Sacré-Cœur de Jésus avait été fondée en 1801 par Madeleine-Sophie Barat (canonisée en 1925) pour « travailler au salut du prochain par l’éducation de la jeunesse « . Six religieuses s’installèrent donc dans l’ancien couvent des Jacobins, venant de Cuignières où elles résidaient depuis 8 ans, couchant sur la paille, dans une habitation misérable, sans vitres, ni verrous, les portes bloquées par des troncs d’arbres… Elles accueillirent rapidement 400 petites filles pauvres dont 80 en pensionnat, leur apprenant dans une ambiance familiale « à bien porter le poids de la vie « . Habituées à l’inconfort, elles souffrirent surtout de la clôture et obtinrent de la préfecture l’ouverture du 15, rue Jeanne Hachette. En 1832, elles créèrent un orphelinat, suite au choléra qui dévasta Beauvais. Progressivement, elles transformaient et agrandissaient les locaux. La nouvelle église, bâtie suivant leurs propres plans, date de 1855…
En 1905, séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les religieuses sont expulsées.
Les séminaires, qui le sont aussi, les remplacent dans les locaux consacrés aux Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie en 1823 par Mgr Lesquen, premier évêque de Beauvais post-révolutionnaire.
Le grand séminaire quitte l’actuel lycée Jeanne Hachette que Mgr Gignoux avait fait construire pour lui en 1852 et vient occuper quelques bâtiments du 101 que Mgr Le Senne fera agrandir vers la rue de la Madeleine.
Le petit séminaire Saint Lucien s’installe au 15, rue Jeanne Hachette dans l’ex-pensionnat, progressant jusqu’à 120 élèves en 1935 sous la direction du Père Jolibois. L’école primaire du Sacré-Cœur rouvre au 33, rue Jeanne Hachette avec des institutrices, laïques dirigées par Melle Isabelle Perdu.
En 1939, seconde guerre mondiale. Les séminaires sont réquisitionnés comme hôpitaux.
Le petit séminaire ne reviendra pas, remplacé par l’évêché dont les locaux ont été bombardés.
Le grand séminaire réoccupe les lieux : l’aile du XVe siècle pour les dortoirs et réfectoires, et, autour de la cour aujourd’hui Saint Médard, le bâtiment sud pour les professeurs et le bâtiment est pour les études. La cour elle-même fut le théâtre de mémorables parties de basket… en soutane évidemment !
En 1965, le grand séminaire quitte Beauvais pour Soissons… Aujourd’hui, les vieilles pierres ou briques au passé si riche abritent l’évêché, des communautés religieuses, l’oratoire et une foule d’activités diverses justifiant l’appellation » Maison Diocésaine » voulue par Mgr Thomazeau : économat, bibliothèque, vocations, aumônerie, enseignement catholique, liturgie, pèlerinages, etc…
De quoi réconforter là-haut les dix moines de 1765 !
Texte et dessins de Suzette Bazerbes
